Sufjan Stevens

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Sufjan Stevens

Message  CC Rider le Mar 14 Avr 2015 - 9:51



Je lui ouvre un topic parce qu'à mon humble avis son nouvel album mérite (un tout petit peu) plus qu'un pile poil.

Le monsieur nous avait habitué à des sommes de projets parfois (trop?) alambiqués et, personnellement il avait réussi à me lasser.
Trop fumeux, parfois répétitif, pas toujours cohérent.
Malgré la puissance mélodique de ses compos, un peu trop noyée dans des arrangements et des concepts fumeux à mon goût.

"Carrie & Lowell" est un album intimiste, folk, à l'inverse de ses prods précédentes.
Inspiré par un événement douloureux et très personnel, les textes sont d'une sensibilité presque douloureuse, les interprétations sont délicates, pudiques.
Il évoque la perte d'un être proche, le parcours qui suit. Un sujet très universel et pourtant si intime, si personnel.

C'est un souffle, un murmure, un cri murmuré plutôt.
Malgré l'épuration extrême, les compos ont une force mélodique formidables et évidentes.
Jubilatoire même.

C'est un grand disque intimiste, totalement hors du temps.

Je vous glisse là deux liens vidéos, vous saurez où trouver l'album entier si jamais cette merveille vous interpelle comme moi.





Et cette interview dense et fleuve permet de comprendre le pourquoi de cette sensibilité exacerbée et si touchante.

Comment décrirais-tu ta relation à ta mère, en grandissant ?
Sufjan Stevens : Elle nous a abandonnés quand j’avais 1 an, je n’ai donc pas de souvenir d’elle et de mon père étant mariés. Elle est simplement partie. Elle sentait qu’elle ne saurait pas nous élever, elle nous a donc laissés avec notre père. Carrie ne s’est pas mariée avec Lowell avant mes 5 ans. Il travaillait dans une librairie à Eugene, dans l’Oregon, et nous avons passé trois étés là-bas –ce sont en fait les moments où nous avons le plus vu notre mère. Mais après que Carrie et Lowell se soient séparés, nous n’avons plus beaucoup eu de contacts avec elle. Elle vivait parfois chez nos grands-parents, nous la y voyions quelques jours pendant les vacances. Il y avait quelques lettres occasionnelles. Elle a disparu pendant quelque temps, elle a été sans-abri, elle a vécu dans des structures d’accueil. Nous spéculions en permanence sur ce qu’elle devenait : “Où est-elle ? Que fait-elle ?” Enfant, je devais me construire une sorte de narration, j’ai toujours eu une relation étrange au mythe de Carrie car j’avais très peu de souvenirs concrets de choses vécues à ses côtés. Il existait un grand fossé entre le temps que j’ai passé avec elle et mon désir de la connaître, d’être avec elle.

L’as-tu jamais appelé “maman”, où était-ce toujours Carrie ?
Nous avons toujours appelé nos parents par leurs prénoms : Carrie et Rasjid. Je ne sais pas tout à fait pourquoi.

Quel genre de personne était Carrie ?
Elle était apparemment une super mère, à en croire Lowell et mon père. Mais elle souffrait de schizophrénie et de dépression. Elle était maniaco-dépressive, et elle était alcoolique. Elle a pris des drogues, elle avait des problèmes d’addiction. Elle a vraiment beaucoup souffert, quelle qu’en soit la raison. Mais quand nous étions avec elle et qu’elle était dans son état le plus stable, elle était aimante et attentionnée, très créative et très drôle. Cette description que je fais de ma mère me ramène à ce que certaines personnes ont déjà observé dans mon travail, la dichotomie esthétique qu’on y trouve : une tristesse profonde mélangée avec quelque chose de plus provocant, ludique, effréné.

Ne la voyant pas très souvent, quelle était ta perception de Carrie quand tu étais enfant ?
Il y a eu très tôt cette conscience qu’elle était schizophrène, qu’elle souffrait de dépression, et qu’elle était alcoolique. Parce qu’à la fois mon père et ma mère étaient alcooliques, et parce que les drogues n’étaient pas absentes de ma famille, quand mon père a retrouvé sa sobriété et a recommencé à aller aux Alcooliques Anonymes, nous nous sommes tous ensemble rendus à des séances de groupe, pour pouvoir participer à son rétablissement. Nous avions donc un langage très concret, très responsable pour décrire la lutte d’une personne contre son addiction. Nous pouvions parler de Carrie dans cet environnement, et il y avait dans cette culture une forme de saine camaraderie. Je me souviens cependant de mon embarras à l’idée d’aller à ces rencontres pour les jeunes proches d’alcooliques, et je n’ai pas bu une goutte d’alcool avant d’avoir, au minimum, l’âge légal. Les stigmates de ce que j’avais vu.

Etais-tu présent quand Carrie est décédée ?
Oui. Elle avait un cancer de l’estomac, et tout est allé vite. Nous avons pris l’avion pour aller la voir en soins intensifs avant qu’elle ne meure. Elle souffrait beaucoup, on lui administrait beaucoup de substances, mais elle était consciente. C’était horrible de rencontrer la mort, de devoir me faire à cette idée, et de devoir montrer l’amour que je portais à quelqu’un que je ne connaissais pas bien. Sa mort a été dévastatrice à cause du vide qu’il y avait en moi : j’essayais de rassembler autant de souvenirs que possible, dans ma mémoire, dans mon esprit, mais je n’avais rien. C’était insoluble. Il y avait clairement un sentiment profond de douleur et de colère. J’ai traversé tous les stades du deuil. Mais je pense qu’il faut trouver le pardon quand il est encore temps. Utiliser chaque opportunité possible pour te réconcilier avec ceux que tu aimes et ceux qui t’ont blessé. Notre mère nous a abandonnés pour notre bien. Que Dieu la bénisse pour ça, pour le fait qu’elle ait compris qu’elle n’était pas capable d’être mère.

C’est une manière très zen de voir les choses.
L’amour est inconditionnel et incompréhensible. Et je crois qu’il est possible d’aimer l’absence de respect mutuel.

As-tu pu boucler les choses sur la fin, as-tu pu discuter avec elle ?
Bien sûr. A ce moment, je ne cherchais plus qu’à communiquer l’amour que je lui portais, sans condition. Nous avions alors un amour et une attention profonds l’un pour l’autre. C’était très intense, bienfaisant. Mais c’est l’après qui a merdé, les ramifications émotionnelles et les répercussions qui sont apparues pendant des mois et des mois après sa mort. Ça m’a presque détruit, car j’étais incapable de trouver un sens à tout ça. En écrivant sur ces choses sur Carrie & Lowell, j’étais à la recherche d’une signification, de justice, de réconciliation. Ce n’était pas très drôle.

Cette relation ayant été à ce point lointaine, as-tu été surpris que sa mort te marque si profondément ?
Oui. Sur le moment, j’ai été stoïque, flegmatique, pragmatique, mais dans les mois qui ont suivi je suis devenu furieux, j’étais hors de moi, en colère. On parle souvent de la science du deuil, de la résilience, de la manière dont la perte d’un être proche peut dessiner des cycles et des motifs définis, mais ma propre expérience a été l’absence de toute trajectoire naturelle. Tout était sporadique, tordu. Je pouvais passer par une phase de travail rigoureuse, sans émotion, puis être soudainement frappé d’une grande tristesse, une tristesse déclenchée par quelque chose de très banal, comme un pigeon sur les voies d’un métro. Ou ma nièce pouvait, en pointant du doigt des collants à pois sur un terrain de jeu, provoquer chez moi une crise d’angoisse cosmique, en public. C’est étrange. J’étais émotionnellement tellement perdu, tellement désespéré par tout ce que je ne pouvais plus trouver chez ma mère que je cherchais ça dans d’autres choses. A ce moment, une partie de moi pensait que j’étais possédé par son esprit, et que certains comportements destructeurs étaient les manifestations de cette possession.

C’est-à-dire ?
Décrire ce qui se passait est si difficile. C’est comme la force, ou la matrice, ou quelque chose comme ça : j’ai commencé à penser que j’étais génétiquement, par la chimie ou par l’habitus prédisposé à ses schémas de destruction. Je pense qu’une partie de mes mauvais comportements étaient une forme de rébellion, ou peut-être était-ce une manière pour moi de… Tout ceci est si tordu, je ferais probablement mieux d’entamer une thérapie. Au lieu de sa mort, j’ai senti le désir d’être avec elle, et j’ai pensé que prendre des drogues, que me mettre à boire et faire n’importe quoi, devenir téméraire et me mettre en danger était ma manière de retrouver une intimité avec elle. Mais j’ai vite découvert que tu n’as pas à t’enfermer dans la souffrance et que, malgré la nature dysfonctionnelle de ta famille, tu es un individu, en pleine possession de ta vie. J’ai fini par réaliser que je n’étais pas possédé par ma mère, ni emprisonné dans sa propre maladie mentale. On tient nos parents responsables de beaucoup de trucs, pour le meilleur ou pour le pire, mais c’est symbiotique. Être parent est un grand sacrifice.

Cette forme de rébellion dont tu parlais ressemble presque à une colère adolescente.
Déconneur et dragueur à 40 ans ! (rires) Mais je me sens parfois comme quelqu’un de 40 ans qui va bientôt avoir 14 ans. Je n’étais pas un gamin rebelle. J’étais si digne, si sage. Ce genre de comportement destructeur, à mon âge, est inexcusable.

Si ta mère était absente, quelle était ton rapport à ton père, étant enfant ?
Pour être honnête, mes frères et sœurs et moi avons été élevés comme des colocataires. Il y avait une absence complète d’intimité dans ma famille, même s’il existait un profond sens de la camaraderie entre les enfants. Les choses étaient presque organisées comme un business, et il fallait qu’il en soit ainsi parce que nous étions vraiment pauvres, il y avait beaucoup de bouches à nourrir. Mon père et ma belle-mère n’ont pas eu de carrière véritable et stable. Ils essayaient simplement de joindre les deux bouts. Il y avait des règles, une organisation, des corvées, mais très peu de temps pour le plaisir simple de profiter de la compagnie des autres. Je ne sais pas si cette approche idéologique d’éducation était intentionnelle, mais il y a un peu d’ironie dans le fait que la personne qui pour moi se rapproche le plus d’un père est Lowell, un homme avec qui je n’ai aucun lien de sang.

Ton père est-il encore en vie ?
Oui, mais nous ne sommes pas vraiment proches.

Ton père et ta belle-mère t’ont-ils imposé le Christianisme, quand tu étais jeune ?
Non, ce n’étaient alors pas des personnes particulièrement religieuses. Nous allions à l’église méthodiste, parce que c’est là que se rendait mon arrière-grand-mère. J’étais l’enfant chargé d’allumer les cierges, ce qui me semblait très excitant. J’avais ce fantasme, étant gosse, de devenir prêtre ou prêcheur, j’étudiais donc la Bible et obligeais ma famille à m’écouter lire un passage du Nouveau Testament avant les repas –ce qu’ils ont toléré à contre cœur pendant un certain temps. J’étais simplement fasciné ; certaines de mes expériences spirituelles et sexuelles les plus intenses ont eu lieu dans une colonie de vacances méthodiste.

Comme dans une grande partie de ton travail, il y a des références au Christianisme et à la mythologie sur Carrie & Lowell. Que signifie pour toi la foi, à ce moment de ta vie ?
Je me décris encore comme Chrétien et mon amour de Dieu, ma relation à Lui est fondamentale. Mais la manière dont je pratique cette croyance, dont elle se manifeste dans ma vie change constamment. Je trouve une incroyable liberté dans ma foi. Oui, le royaume du Christianisme et de l’Eglise ont été parmi les forces les plus destructrices de l’histoire, et la croyance religieuse peut être pervertie de multiples manières. Mais ce qui rend le Christianisme unique est qu’il est une religion informe, elle ne se réduit pas à une culture, à un endroit ou à quoi que ce soit. Elle est très malléable.

N’est-ce pas le cas de la plupart des religions ?
Oui, mais certaines sont plus étroitement liées à une culture, nécessite une allégeance à un lieu, à un code. Nous vivons de toute façon dans une société post-Dieu –il faut s’y faire ! (rires)

Beaucoup d’artistes font un folk proche de celui que tu joues sur cet album, mais il est rare que cela donne à ce point l’impression d’avoir du sens : avec une musique si économe, un certain extrémisme émotionnel semble être impératif.

Oui. Il y a quelque chose comme “N’écoutez pas ce disque si vous êtes incapable de digérer les réalités qu’il recouvre”. Je suis très cru à propos d’expériences véritablement horribles de ma vie, mais j’ai toujours espéré être responsable en tant qu’artiste, j’espère ne pas me complaire dans mon malheur, je ne veux pas devenir exhibitionniste. Je ne cherche pas à ce que l’auditeur se complaise dans la prose et la poésie fragile de la dépression, je veux simplement honorer l’expérience. Je ne suis pas la victime, je ne cherche la sympathie de personne. Je ne condamne pas mes parents, ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient. Dans le pire des cas, ces chansons peuvent sans doute paraître complaisantes. Au mieux, elles devraient être le témoignage d’une expérience universelle : tout le monde souffre, la vie est faite de douleur, et la mort est le point final à la fin de cette phrase, il faut donc faire avec. Je pense qu’on peut gérer la douleur et la souffrance en vivant dans la plénitude, en étant sincère avec soi-même –toutes ces platitudes un peu fades.

La manière dont tu as été élevé pourrait-elle t’empêcher d’avoir envie d’avoir toi-même des enfants ?
Totalement. J’ai des neveux et nièces, et il y a une intention claire derrière la manière dont ils sont éduqués. Mon frère a une fille, c’est une fille unique, elle est très sociale et ouverte et belle. Elle a beaucoup d’esprit, elle sait comment se servir d’un iPad et d’un iPhone, elle est plus à l’aise que je ne le suis avec Internet alors qu’elle a 4 ans. Elle est entourée de gens qui l’aiment. Il y a beaucoup d’intimité dans cette relation.

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Re: Sufjan Stevens

Message  Fabrice le Mar 14 Avr 2015 - 12:23

Merci!
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Re: Sufjan Stevens

Message  Blind Boy Grunt le Mar 14 Avr 2015 - 16:54

J'ai beaucoup aimé Sufjan. Illinois, Michigan...C'est une époque où je baignais dans le folk, et il apparaissait alors tel un héros des temps modernes.
Son virage électro m'a complètement laissé de marbre, et a même marqué une rupture totale de mon lien avec cet artiste.

Ceci dit, depuis quelques semaines, je sens que je suis en phase de réconciliation avec "The Age Of Adz". Je vais creuser ça, mais je sens un frémissement.

J'ai jeté une oreille distraite à "Carrie & Lowell". Ennui total, et impression d'une homogénéité absolue qui m'a tenu à distance des chansons.
Ton précédent commentaire, CCRider, m'a donné envie d'insister. J'attends mon LP pour m'y atteler.

A suivre.
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Re: Sufjan Stevens

Message  Tophenko le Mar 14 Avr 2015 - 17:23

Cet album me plaît beaucoup, pour le moment.
Beaucoup plus que "the age of adz", en tout cas.
Sans doute que mon admiration pour l'oeuvre d'Elliott Smith, avec qui je sens une filiation sur cet album, n'y est pas étrangère.
Et du coup, ça me donne envie d'approfondir ma connaissance des précédents albums de Sufjan Stevens, peut-être pas sa période "électro" ou "expérimentale" mais plutôt les premiers albums.
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Re: Sufjan Stevens

Message  Blind Boy Grunt le Mar 14 Avr 2015 - 18:20

Tophenko a écrit:
Sans doute que mon admiration pour l'oeuvre d'Elliott Smith, avec qui je sens une filiation sur cet album, n'y est pas étrangère.

Bien vu. Un "Should Have Known Better" aurait pu...


Tophenko a écrit:Et du coup, ça me donne envie d'approfondir ma connaissance des précédents albums de Sufjan Stevens, peut-être pas sa période "électro" ou "expérimentale" mais plutôt les premiers albums.  

C'est plus prudent.
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Bien d'accord

Message  HumanTouch le Mar 14 Avr 2015 - 21:34

L'album est purement magnifique, je l'écoute sur Deezer depuis sa sortie et samedi bien décidé à prendre le vinyl chez mon disquaire il n'en avait déjà plus !
Je me suis rabattu sur le tout frais Calexico qui pour l'instant ne m'a pas emballé autant que les précédents mais à suivre...
En tout cas à titre personnel j'adore cette période : le Dominique A est superbe également, Cassandra Wilson a retrouvé son âme d'antan et Sophie Hunger pointe son nez très bientôt, pas besoin d'un Springsteen moyen dans ce contexte Razz

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Re: Sufjan Stevens

Message  ragotin le Mer 15 Avr 2015 - 12:43

Une merveille, au dessus de laquelle planent quelques fantômes, y compris celui d'Elliot Smith...
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Re: Sufjan Stevens

Message  CC Rider le Jeu 23 Avr 2015 - 8:41

En concert le 8/09 au Grand Rex et aux Radiant à Caluire et Cuire où il n'y aura évidemment pas de place n°42 à vendre

Les tickets autour de 40€ à Paris et 45€ à Lyon
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Re: Sufjan Stevens

Message  CC Rider le Mar 5 Mai 2015 - 14:21

le 8 est (déjà) complet.

Mais en ce mois de septembre 2015, imaginez vous que le 8 est suivi par le 9 et que donc ils rajoutent une date.
Au même endroit.
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