RIP André Popp

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RIP André Popp

Message  CC Rider le Mar 13 Mai 2014 - 14:47

J'ai appris ce matin la disparition de ce super Monsieur.
Connu par pas mal de monde au travers de son fameux conte "Piccolo & Saxo" qui a permis à tant de gens de ma génération, et quelques précédentes et suivantes, de découvrir la richesse de la musique au delà des espèce de cours de musique de crotte qu'on nous balançait au collège ou au Lycée.
Donc "Piccolo & Saxo", mais aussi 2/3 trucs remarqués, comme "l'amour est bleu", une chanson qui a fait le tour du monde.



J'ai eu la chance de rencontrer et travailler avec Mr Popp sur des recueils de chansons et de thèmes.
Un humour et une légèreté égale à son oeuvre.




Le musicien André Popp, roi des orchestrations insolites, collaborateur de Juliette Gréco ou Boris Vian et créateur du conte «Piccolo, Saxo et compagnie», est mort samedi à l'âge de 90 ans.
André Popp, l’un des derniers grands compositeurs français est mort samedi en région parisienne, et avec lui sans doute une certaine idée de la musique légère, sautillante, audacieuse et pleine d’humour, qui chasse les nuages et transporte les cœurs. De la musique qui fait «Popp» littéralement (son vrai patronyme et non un pseudo).

Autodidacte, né en 1924 à Fontenay-le-Comte en Vendée, André Popp fait ses gammes sur l’harmonium de la paroisse, remplaçant au pied levé l’abbé mobilisé pour la guerre. «J’adorais aller improviser vers 5 heures, quand l’ombre commençait à tomber sur la chapelle, ça me donnait des frissons», a déclaré le nonagénaire espiègle dans sa dernière interview, diffusé le jour même de sa disparition sur France Musique. Plus attiré par Messiaen et Ravel que par Bach ou Pierre Schaeffer qui le faisait «un peu chier».
Grenouille de studio plutôt que de bénitier, Popp monte à Paris avec Jean Broussolle, futur Compagnon de la chanson, en 1945. Le duo s’oriente avec succès vers le cabaret, et compose pour Bourvil ou Catherine Sauvage. Le pianiste, passé par le cabaret des Trois Baudets met le pied à la radio via le Club d’essai, fabuleux labo où se retrouvaient artistes, écrivains, et musiciens, dès le début des années 50. Le poète Jean Tardieu puis Henri Dutilleux lui commandent des œuvres de musique légère et symphonique. A la tête d’orchestres de plus en plus larges, Popp y développe ses talents d’arrangeur, roi des orchestrations insolites qui reflètent son goût pour les timbres bizarres et les dissonances.

INCLASSABLE HURLUBERLU
Il a travaillé pour les plus grands -de Juliette Greco à Céline Dion en passant par Marie Laforêt, et réalise plusieurs albums avec Boris Vian en tant que directeur artistique. Mais il restera à jamais dans le cœur des petits, avec son indémodable conte symphonique de 1957, Piccolo, Saxo et compagnie. Longtemps numéro un au hit-parade des mange-disques, il initie les enfants à la musique et aux familles d’instruments, en compagnie de Piccolo, la petite flûte, et Saxo, le roi de l’impro. «Ce premier contact a été un enchantement. Il s’en dégage une poésie, une fantaisie, une impression de facilité très éloignée de ce qu’on apprend ensuite au conservatoire, dit Bertrand Burgalat, du label Tricatel, qui lui consacra en 2002 la compilation Popp Musique. Et fit redécouvrir cet inclassable hurluberlu, cousin de Jean-Jacques Perrey ou de Raymond Scott, qui convie des orchestrations sophistiquées à de petites chansons sans prétention, fait rimer symphonie et variété, classique et expérimental.
Pour Burgalat, «André n’a jamais été prisonnier de son bagage musical, il a pu aborder toutes sortes de domaines avec la même fraîcheur, sa musique est une musique de la joie». Et qui poussait loin l’expérimentation sonore comme dans le disque culte qu’est Elsa Popping [pseudo d’André Popp et Pierre Fatosme] et sa musique sidérante, joliment rebaptisé Delirium in Hi Fi. Difficile d’imaginer le déploiement d’inventivité qu’il a fallu pour commettre des sons pareils en 1958. Ce disque avant-gardiste qui revisite des standards, est bourré de trucages réalisés avec les moyens de l’époque (bandes ralenties, inversées, premiers échos et delays…)

Popp nous remémore aussi l’époque où la France gagnait à l’Eurovision, où l’on était capable de créer une variété exigeante et élégante. Après sa première ritournelle, les Lavandières du Portugal, devenue tube planétaire, il compose Tom Pillibi pour Jacqueline Boyer consacrée par le concours en 1960. En 1967, il réalise une nouvelle mélodie pour l’Eurovision, l’Amour est bleu, commandée par le Luxembourg qui fait le tour du monde, avec ses 40 millions d’exemplaires vendus, toutes versions confondues.
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Re: RIP André Popp

Message  transpirator le Mar 13 Mai 2014 - 16:20

Moi aussi, j'ai appris ce matin... j'aimais bien le personnage et ce qu'il avait fait avec Boris Vian...


et puis mon petit frère m'a saoulé avec ce Piccolo et Saxo :

...


je pense que c'est autrement maintenant mais pendant longtemps j'ai vu le premier volume des aventures de piccolo chez toutes les familles de mon entourage





une interview pêchée sur UNDER SCORES qui donne une idée du bonhomme...


Popp Music : rencontre avec André Popp
Interviews | Par Michael Ponchon & Gérard Dastugue | Publié le 22/08/2012  




Compositeur prolifique pour la télévision, le cinéma et le film d’animation, André Popp oeuvre depuis plus de quarante ans pour des sujets aussi divers que novateurs. Ce compositeur, qui a écrit aussi bien pour Bourvil que Pétula Clark, les Frères Jacques, Nana Mouskouri ou Juliette Gréco est un artiste et musicien averti. De sa rencontre en 1944 avec Jean Broussolle, futur Compagnon de la Chanson, à l’adaptation pour le grand écran du personnage de Tintin en 1960, Popp est un touche-à-tout prodigieux qui cherche souvent à surprendre ou à distraire par le biais de sa seule passion : la musique. Créateur de Piccolo, Saxo et Cie en 1956, ce mélodiste qui, avec une seule chanson (L’Amour est Bleu), a obtenu presque plus de succès que les Beatles, a composé de nombreuses partitions pour le court-métrage, la télévision, le cinéma, des oeuvres éducatives musicales et a accompagné de nombreux artistes comme Régine, Claude François et France Gall.



Le compositeur était au Festival Musique & Cinéma d’Auxerre en 2006 pour présenter le film Piccolo, Saxo et Cie, quarante ans après sa création. Oeuvre totalement ludique, légère et savante, elle a enchanté les enfants présents à cette avant-première. Grâce à des personnages musicaux incarnant chacun un instrument de l’orchestre classique, le compositeur a suscité de nombreuses vocations musicales à travers les âges et a révélé le pouvoir de la musique (orchestrale) sur les enfants. Rencontre avec un papa Popp qui vous fera fredonner.



Pouvez-vous nous parler de la genèse de Piccolo, Saxo et Cie ?

C’est une commande qui m’a été proposée en 1956 par Jacques Canetti, alors directeur des disques Philips : il souhaitait que je réalise quelque chose de ludique pour les enfants. On a alors trouvé l’idée d’une histoire qui leur enseigne la musique et qui leur permette de distinguer les différents sons des instruments. J’ai alors proposé le sujet à mon ami Jean Broussolle, mon collaborateur de l’époque, qui avait l’avantage d’être musicien et qui jouait de plusieurs instruments. On a cherché une idée de mise en scène et on l’a trouvée dans la table des matières d’un traité d’orchestration dans laquelle les instruments de musique sont classés par famille. Ces familles ont déclenché le fil conducteur de l’histoire : j’ai proposé une trame autour de laquelle il serait amusant de créer un royaume de la musique dans lequel les familles d’instruments ne se connaissent pas et partent à la recherche d’autres familles d’instruments. On a commencé par créer la famille des cordes qui découvre des instruments différents d’eux et font connaissance. Ensuite, on s’est attelé aux saxophones, qui ne font pas partie de la formation d’un orchestre classique. On a essayé à partir de là d’innover, de créer quelque chose d’insolite. D’ailleurs, à ce sujet, il y a une anecdote assez amusante : j’ai reçu, il y a quelques semaines, un traité d’orchestration d’un monsieur qui m’a avoué avoir appris le saxophone grâce à Piccolo, Saxo et Cie, et il me disait que, pendant très longtemps, il avait pensé que le quatuor des saxophones faisait partie intégrante de l’orchestre classique.



Pensez-vous avoir suscité des vocations musicales suite au succès du premier disque, en particulier auprès des enfants ?

Après la sortie du disque, il y a eu un bouche-à-oreille formidable et de fait, le disque s’est très bien vendu. Car la force du procédé a été que, en 1956, les parents poussaient souvent les enfants à jouer d’un instrument contre leur gré. Or, avec Piccolo, Saxo et Cie, ce sont les enfants eux-mêmes qui demandaient à pratiquer. Ce phénomène s’est ainsi répercuté sur trois générations car les enfants qui ont appris à jouer d’un instrument l’ont transmis à leurs propres enfants et ainsi de suite. C’est un peu la pédagogie à travers le conte…



Pourrait-on dire qu’il existe un parallèle entre le brassage des instruments et un brassage de l’être humain ?

Le film démontre très bien cela justement. C’est un reflet du monde moderne. Nous vivons dans une époque où il est important de rappeler aux parents et aux enfants qu’il est primordial d’aller vers l’autre, de le découvrir. Beaucoup de familles sont désunies aujourd’hui, les enfants en souffrent et nous avons tenté de faire le parallèle entre les instruments et les familles d’aujourd’hui, à travers un dessin animé musical dans lequel tout le monde s’accuse mutuellement. C’est un film sur l’amitié et la tolérance.







Pourquoi un retour à Piccolo, Saxo et Cie aujourd’hui ?

Il n’ y avait jamais eu de film et cela a été une aventure qui a duré près de vingt ans jusqu’à ce que je rencontre une productrice, Carole Scota, avec de très bonnes idées de conception graphiques, artistiques et musicales… Il y a eu au total cinq albums de Piccolo. En 1956 (Passeport pour Piccolo, Saxo et Cie), en 1958 (Piccolo, Saxo et le Cirque Jolibois) et par la suite, à la demande de ceux qui avaient racheté la maison de disques Philips, j’ai réalisé de nouvelles aventures discographiques en 1972 (Piccolo et Saxo à Music City) et en 1976 (La Symphonie Écologique). J’ai effectué le tour de toutes les modes, des tendances musicales et des instruments au fil du temps. Le premier Piccolo, Saxo et Cie était basé sur l’orchestre classique. Dans le second, l’orchestre classique est engagé dans un cirque et va apprendre la musique aux animaux. Et dans le troisième, l’orchestre classique part en tournée à travers huit pays et rencontre les instruments caractéristiques à chaque pays. Il découvre également tous les instruments liés à cet univers : la scie musicale, le balafon… Entre-temps, sont apparus tous les instruments électriques. Les guitares ont été électrifiées et ça m’a ouvert un champ d’expression assez large : les ondes Martenot, le synthétiseur…



La musique du film est principalement orchestrale et symphonique. Est-il important pour vous de faire redécouvrir cette musique à une génération évoluant au gré des musiques synthétiques ?

C’est primordial pour moi. Un synthétiseur ne remplacera jamais un orchestre. Cependant, j’y ai eu recours pour la chanson du Docteur Marteau et j’ai travaillé pour cela avec Simon Cloquet, qui est un collaborateur merveilleux et un technicien et musicien fabuleux. Il a par ailleurs travaillé sur le film avec des musiciens que je ne connaissais pas comme Christophe Deschamps à la batterie, Laurent Vernerey à la basse ou Marc Chantereau aux percussions.



Outre Piccolo qui représente votre œuvre majeure, vous travaillez également sur des pièces aussi ludiques que Chasseurs Sachez Danser. Quelle est votre démarche pour ce genre de musique ?

C’est amusant que vous me parliez de Chasseurs Sachez Danser car tout le monde y fait référence aujourd’hui (rires). J’ai toujours aimé l’humour en musique : c’est une démarche très peu pratiquée et j’aime me divertir en composant. Je n’ai pas un physique particulièrement marrant alors j’essaie de faire rire les gens à travers ma musique ! (rires).







Autre film important dans votre carrière, Tintin et le Mystère de la Toison d’Or est la première incarnation humaine consacrée au personnage créé par Hergé. Comment avez-vous travaillé à la mise en musique de ce personnage ?

Après le succès de Piccolo, Saxo et Cie, j’ai été appelé pour illustrer toutes les aventures radiophoniques de Tintin. Il y a eu beaucoup d’épisodes et ça m’a permis de me faire la main en quelque sorte sur un personnage et ses pérégrinations radio. Dans la suite logique des choses, quand Tintin et le Mystère de la Toison d’Or a été monté, on m’a appelé pour en composer la partition. L’approche était différente de la radio puisque je ne composais plus pour un feuilleton mais pour un long-métrage attendu. Les personnages vivaient, s’animaient, et pour la première fois, prenaient vie sous mes yeux. Et avec des acteurs extraordinaires comme Georges Wilson en Capitaine Haddock, Charles Vanel… J’ai donc tenté de créer une identité musicale propre à Tintin et je dois dire que c’est un excellent souvenir que d’avoir participé à cette aventure qui aujourd’hui encore, comme Piccolo, Saxo et Cie, ravit les jeunes générations. Puis, j’ai ensuite travaillé pour la première série télévisée des Babar, et me suis donc retrouvé à composer uniquement pour les enfants… Enfin presque (rires).



En dehors du cinéma, vous avez travaillé avec des artistes confirmés comme Jacques Brel ou alors débutants comme Céline Dion. Pouvez-nous nous parler de votre travail en dehors de l’image ?

J’ai peut-être plus œuvré dans la chanson que pour le cinéma ou le film d’animation. J’ai eu la chance de travailler avec des gens comme Bourvil, Michel Legrand, Henri Salvador, Juliette Gréco, Claude François, Marie Laforêt… et de jeunes talents qui depuis ont fait leurs preuves : Sheila, France Gall, Françoise Hardy, Céline Dion… Sans parler de mes deux plus gros succès : Les Lavandières du Portugal en 1954, chantée par Jacqueline François, et L’Amour est Bleu en 1967, interprétée par l’orchestre de Paul Mauriat, qui s’est vendue à plus de 40 millions d’exemplaires. Cette chanson a été un succès dans tous les pays du monde sauf… en France. On est en 1967, l’heure des yé-yés, de Salut les Copains et de Lucien Maurice, qui était directeur des programmes sur Europe. Or, il n’aimait pas cette chanson et a toujours refusé de la diffuser à l’antenne. De même, Salut les Copains, qui était une émission basée sur le Billboard (classement des ventes de disques internationales - NDLR), ne diffusait que des chansons interprétées dans leur langue d’origine, venant principalement des Etats-Unis. Mais on s’est retrouvé numéro un en Amérique avec cinq versions différentes de la chanson dont une jouée par Paul Mauriat et son orchestre. On peut réellement parler de censure sélective. Mais encore aujourd’hui, cette chanson, rebaptisée Love Is Blue, est toujours numéro un aux Etats-Unis : tous les ans, l’orchestre de Mauriat - sans Mauriat , qui a mon âge et qui a décroché - va jouer là-bas, et dans l’heure qui suit l’annonce de sa venue, toutes les places sont vendues.



Quel regard portez-vous sur les musiques de film d’animation d’aujourd’hui ?

Je n’aime pas les musiques composées actuellement pour les films d’animation. Ils ne sont d’une part, plus du tout adressées aux enfants car grossiers et violents : je pense à Shrek, aux films de Miramax, Pixar et autres Dreamworks. Les partitions composées pour ces films précis n’ont pas d’âme : sur une heure vingt de film, vous avez une heure dix-sept de musique qui n’exprime rien, il n’y a pas de thème. Les compositeurs ont recours à de grands orchestres qui jouent en permanence, ce qui a pour but de créer un fond musical sans chaleur, sans vie. De mon temps, il existait une forme de gaieté, de légèreté, on composait une chanson, on tentait de créer une identité musicale propre à chaque dessin animé. La musique était également tournée vers le public, créant une parfaite interaction entre les enfants et le dessin animé. On a tendance de nos jours à prendre les enfants très tôt pour des adultes. Je suis en outre très content de constater que Piccolo, Saxo et Cie fonctionne d’un point de vue émotionnel et musical auprès des enfants. Cinquante ans après sa création, j’espère qu’il sera le symbole d’un retour à la légèreté et à l’insouciance pour les nouvelles générations.

Entretien réalisé en octobre 2006 à Auxerre par Gérard Dastugue et Michael Ponchon

Illustrations : DR
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